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mercredi 22 février 2017

L’affaire dite « le jardin du vieux » à Dafort, ce que j’en sais et j’en pense aujourd’hui..!




  Photo Seydi Boubou Camara

Les premiers signaux me sont parvenus à partir de novembre-décembre 2016 jusqu’à début janvier 2017 (mon arrivée à Dafort) , concernant ce litige foncier éclaté dans une période pas anodine. 

Briefé par plusieurs canaux pas forcément proches des protagonistes, j’ai opté pour une position de réserve par principe par rapport à certaines données pouvant être mouvantes et trompeuses. 



Après observations sur le terrain avec un entretien direct avec le propriétaire du jardin et son fils, j’ai saisi le fond du litige à partir d’une source sûre et surtout la lecture qu’ils en font. Le vieux du nom de Silma Bakary Diarra m’a expliqué qu’il avait clôturé ce terrain vierge il y a plus de 50 ans pour en faire un jardin. Ce monsieur qui est l’un des plus âgés sinon le plus âgé du village de Dafort aujourd’hui, s’est référé à un événement national qui serait la visite vers 1965 du président Moktar Ould Daddah à Ould Yengé chef-lieu du département du même nom, pour fixer un cadre temporel approximatif. Selon les sources proches du vieux Diarra, la semence du palmier rônier qui règne en maître parmi d’autres arbres dans le jardin, aurait été faite dans ces années-là . De l’autre côté, le clan Camara sous la houlette de Iba Sirakhé Camara, déclare que le terrain aurait été prêté au vieux Diarra par l’un des leurs décédé depuis quelques années.



 Ce qui apparaît derrière ce cas de figure, est surtout l’ordre de l’ancien régime coutumier sur le foncier dans les milieux soninké. À entendre certains esprits féodaux et esclavagistes dans le village, on dirait que le village Dafort est une enclave princière qui ne reconnaît aucune loi foncière de l’État mauritanien. Ces gens qui font bloc pour déposséder le vieux se sont servis des chantages amalgamés et farfelus. En ayant échoué d’intimider le vieux Diarra par des réunions louches et partiales  autour du chef du village Abdou fouleye Camara et par une première lettre venant de Seydi Boubou Camara  (ancien directeur de la fonction publique, ancien maire de Dafort et ancien député d’une circonscription du département), Monsieur Silma Bakary a été convoqué par le préfet concernant l’affaire qui a été portée par le clan Camara.



D’après ses dires en présence de son fils en vacances au pays actuellement, après avoir donné sa version devant le préfet, ce dernier lui a dit qu’il viendrait en personne à Dafort pour régler l’affaire. Il est à noter que les plaignants auraient dit au préfet que Monsieur Diarra avait accepté de quitter le terrain « prêté » avant de revenir sur sa décision avec le soutien actif de ses proches en France. Ce qui n’a jamais été le cas en aucune manière. La phase d’attente du préfet a duré un certain temps, et il y a quelques jours  un message serait venu du préfet en appelant à un règlement amiable du litige. Ce silence plus ou moins troublant et ambiguë du préfet alimente diverses rumeurs dans le corps social Daforois. Les milieux féodaux considèrent l’approche amiable proposée par le représentant de l’État au niveau départemental comme un aval leur permettant d’exercer une énième pression sur le vieux Diarra et ses proches pour lâcher prise. Certains adeptes zélés de l’ordre féodal font appel à l’histoire du village faisant l’éloge de l’esclavage subi par les ascendants du vieux Diarra.



 On considère qu’une personne d’extraction sociale servile n’a aucune légitimité de disputer une terre quelconque avec ceux qui se considèrent comme les possesseurs inaliénables et exclusifs du site villageois fondé en 1905. C’est ainsi que la caste maraboutique alliée indéfectible et inconditionnelle de l’ordre féodal  ne s’est manifestée que pour démarcher bizarrement le vieux pour qu’il lâche son jardin. Cette médiation partiale se heurte évidemment aux réalités d’aujourd’hui dans un nouveau cadre organisationnel qui est le régime des CITOYENS égaux en Droits et en Devoirs.  





Vers le 5 février , j’ai été appelé par le vieux Diarra pour lire une deuxième lettre qui viendrait de Camara Seydi Boubou, un ancien directeur de la fonction publique et ancien maire de Dafort. Cette lettre datant du 13 janvier 2017 reprend quasiment les mêmes propos que la première. L’auteur commence par un bref historique du site village et son partage entre les premiers habitants féodaux et esclavagistes. Mr l’ancien député enjoint le vieux Diarra de quitter cette portion de terre qui faisait partie du périmètre appartenant à leur patriarche Daba Bonco Camara en 1905. Aucune loi foncière de l’Etat mauritanien n’a été mentionnée dans cette lettre pour appuyer cette légitimité datant d’un autre temps sombre pour les ascendants d’anciens esclaves qui furent ignorés dans le partage du foncier. Dieu sait que ce sont bien des esclaves qui avaient vaillamment participé aux durs travaux pour débroussailler le site villageois. Il est mentionné en note dans la lettre que d’autres exemplaires ont été envoyés au préfet de Ould Yengé, au gouverneur du Guidimagha, au Maire de Dafort et au chef de village de Dafort.



Concernant le Maire de Dafort, le vieux Diarra admet que l’édile lui avait dit que la Loi foncière est de son côté. L’issue de ce litige fera un cas de jurisprudence en la matière dans ces zones rurales où les lois ne sont pas expliquées aux tenants de l’ordre féodal qui y règne. Encore aujourd’hui on se réfère aux dispositions coutumières pour soumettre ou harceler des paisibles CITOYENS peu avisés de leurs Droits. L’état doit surtout mettre les chefferies traditionnelles sur les rails du système étatique moderne. En milieu soninké, le régime des ladani est foncièrement injuste et partisan par lequel les féodaux esclavagistes se refont un honneur d’antan devenu obsolète. 



Cette affaire qui s’est éclatée en pleine atmosphère sociale soninké marquée par l’effet sensibilisateur et mobilisateur contre les séquelles esclavagistes du forum Ganbanaaxu Fedde, a pris une dimension particulière et sensible entre les protagonistes. Notre monde 2.0 aidant, une communication a été faite autour de l’affaire via les réseaux sociaux. Notamment sur les plateformes Ganbanaaxu, le communiqué de l’AMEES, les articles repris du blogueur abolitionnsite Diko Hanoune de l’AHME  et quelques posts FB de notre profil apparenté au Blog .



À ce jour du 21 février 2017, l’affaire n’a pas toujours eu une issue tranchée officiellement par les autorités. 





Dakar, 21 février 2017  21H45 GMT

mardi 21 février 2017

Condoléances suite au décès de Ahmedou Ould Youssouf



Suite au décès de Ahmedou ould Ely ould Youssouf, cadre de la SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière de Mauritanie), le lundi 20 février 2017 à Zouératt où il résidait, Mohamed Yahya OULD CIRE et sa famille à Paris, présentons nos condoléances les plus attristées à sa famille restreinte et élargie (Ehel Youssouf à Biir Essalam), à tous ses parents de la tribu Oulad Aïd et de sa fraction (Likteïbatt), de Laghlal.

Les familles de Ehel Youssouf, Ehel Maâloum, la tribu Oulad Aïd dans son ensemble, ont perdu une personne humble, altruiste, sincère, honnête et croyante (il a accompli, il y a quelques années, un pélerinage à la Mecque).


بسم الله الرحمن الرحيم
{كُلُّ نَفْسٍ ذَآئِقَةُ الْمَوْتِ وَإِنَّمَا تُوَفَّوْنَ أُجُورَكُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ}، صدق الله العظيم.


Inna Lillahi wë Inna Ileïhi râjioûne
Que son âme repose en paix.

COMMUNICATION de Biram Dah Abeid , Président de Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-MAURITANIE) à la 9ém session du Geneva SUMMIT pour les droits humains et la démocratie




Prière à Dieu miséricordieux et paix sur son Prophète.



Les noirs opprimés de Mauritanie s’adressent à vous !



Je remercie l’institution du Geneva Summit, rends hommage à mes collègues ici présents, personnalités illustres, par leur concours à la défense de la dignité humaine.



Excellences, représentants de pays et d’institutions mobilisés à faire valoir les droits de la personne, je m’adresse à vous aujourd’hui en citoyen de la République islamique de Mauritanie, pays réputé pour le nombre d’esclaves dans sa population, sans doute le taux le plus élevé en comparaison du reste du monde.



Notre gouvernement s’est distingué, ces dernières décennies, par la persécution, la torture et l’emprisonnement des militants pacifiques, à cause de leur engagement en faveur de l’égalité et contre les discriminations de naissance.



Au nom de mes camarades et frères, victimes de harcèlement et de sévices corporels, je m’adresse à vous, moi l’abonné périodique aux geôles impitoyables et insalubres de mon pays, où j’ai subi, à plusieurs reprises, la persécution et les brimades, y compris des mesures de relégation en plein désert.



Je suis aussi un représentant de la communauté des « sous hommes », les hratin, dont le statut servile est consacré par des lois, issues de traités de droit, abusivement protégés et enseignés en vertu d’une lecture conservatrice et déshumanisante de l’Islam.



Je suis né paria, un legs involontaire de mes ascendants ; la société où nous avons vu le jour et qui nous refuse le minimum de considération et d’espérance, abrite la source première de ma révolte.  Je lutte pour une Mauritanie sans caste ni ostracisme, respectueuse de ses citoyens ; cette Mauritanie reste introuvable, comme une promesse sans cesse différée.



J’ai fait serment de me dresser contre cette iniquité, à mon père, un homme né d’une esclave, elle-même victime de travaux forcés, objets de vente aux enchères et de châtiments corporels ; dans le fardeau de cet héritage que je ne puis résilier, je puise mon engagement.



Mon géniteur Dah Abeid, déjà affranchi dans le ventre de sa mère, subira, plus tard, la privation de ses propres enfants et de sa première épouse qui appartenaient à leur maître. L’exemple vous donne une idée du droit de propriété et des transactions commerciales qui s’exerçaient, alors, dans ma société, sur des êtres humains : fœtus, enfants et majeurs, se retrouvent pris dans la nasse d’une reproduction endogamique qui transmet, par la mère, la déchéance et la réification à vie. Codifiées, sacralisées sous le bouclier de la religion et pleinement maintenus par un gouvernement membre des instances onusiennes, ces pratiques de racisme et d’exploitation violente, malgré la déclaration universelle des droits de l’homme. L’Etat de Mauritanie subventionne la diffusion de ce savoir de la honte, auprès de ses magistrats et dans les écoles religieuses qui les forment.



Mon combat pour l’éradication de l’esclavage et de ses conséquences sociales, ainsi que l’avènement de l’Etat de droit, a été fortement nourri, de ma cohabitation forcée, dès la tendre enfance, avec l’oppression subie par les serviteurs ; le spectacle de l’infériorité raciale se déroulait sous mes yeux, meublait mes interrogations et comprimait mon avenir. Le racisme officieux, dans l’appareil d’Etat et l’opinion, endeuille une grande partie de mes compatriotes ; il retarde l’autodétermination de mes congénères noirs de Mauritanie et autorise l’usurpation de leur désir de bonheur.



Après des siècles de travail sans rémunération et d’une existence infâme, nous croupissons, depuis des décennies sous le joug d’un club de militaires qui se relayent au pouvoir, nous subjuguent et compromettent notre aspiration, par le putsch, la rapine et la diplomatie de la dissimulation.



Honorable assemblée, les tenants et profiteurs de la tyrannie ainsi décrite ont dressé et dressent toujours des obstacles sur notre chemin vers l’accession aux services universels de base. En plus des emprisonnements, des vexations et des coups et blessures, nous endurons la privation de toute activité professionnelle, de gagne-pain, la diabolisation par les media du système d’hégémonie tribale, l’excommunication religieuse, autant que le déni nos droits constitutionnels, tels les libertés d’association, de réunions, de manifestation et d’expression.



Notre organisation, Ira-Mauritanie, est frappée d’interdiction depuis sa naissance, en 2008, nos manifestations et réunions non-violentes sont assimilées, par les juges dociles, à des rebellions « armées ou non armées »; de ce fait, plusieurs dizaines de nos membres -dirigeants et militants - furent condamnés, jusqu'à 15 ans de prison, suite à des accusations fantaisistes, souvent abandonnées sans motivation écrite; certains restent en prison où ils purgent un reliquat de peine. De nombreux simulacres de procès jalonnent notre marche ardue face aux promoteurs de l’ordre esclavagiste et suprématiste. Les armes interchangeables du takfir, de la stigmatisation par l’impiété et du crime d’apostasie sont largement utilisées contre nous, pour susciter la haine de nos concitoyens et coreligionnaires.



Pour le troisième emprisonnement consécutif dans ma carrière d’activiste, le 11 Novembre 2014, j’ai été interpellé, dans la ville de Rosso (sud-ouest de la Mauritanie), par le commandant de la gendarmerie Brahim ould Brahim,le colonel de la garde nationale Mohamadou Ould Sid' Elemine, ainsi que le Directeur régional de la police Essevir Ould Ahmed Tolba, tous les trois d’extraction esclavagiste, donc membres de l’ethnie dominante. Le motif de mon arrestation est ma sympathie à l’endroit d’un groupe de trente personnes, ayant marché à peu près 300 km, de la ville de Boghé, à celle de Rosso, pour exiger que des paysans, d’ascendance servile, profitent, enfin, du fruit de leur labeur. Pareille solidarité avec les marcheurs m’a valu, l’arrestation, la torture, le bannissement, la privation des soins médicaux et la condamnation à deux ans de prison ferme ; mes amis d’infortune et moi virent toutes nos facultés restreintes ou annulées, sous la contrainte.



Un régime de déportation loin de nos juges naturels et légaux, de nos médecins, de nos avocats et de nos familles   nous a été appliqué.



Nous menons un effort de Sisyphe, devant un pouvoir qui méprise le droit national volontairement édicté et le droit international qu’il a souverainement ratifié. En Mauritanie, la loi enracine et promeut la raison du plus fort. Elle ne poursuit d’autre finalité que figer l’ordre social né de l’inégalité ethnique et en préserver les assises.





Hélas, le pire réside ailleurs : une campagne violente dans les médias d’Etat et de la domination et les mosquées, a fini par produire, contre ma personne, une rhétorique rodée de la haine, un véritable acharnement qui prépare l’homicide : insulté, vitupéré, voué à servir de cobaye à un apprenti-jihadiste, je suis toujours livré à la vindicte, par le chef de l’Etat lui même, ses ministres, ses laudateurs, lesquels monopolisent les écrans des télévisions, les ondes des radios et les pages des journaux.



De mon lieu de détention, le cynisme des geôliers les poussait à me faire écouter et voir les attaques les plus blessantes, envers mes amis et moi.  Comble de l’affliction, mes enfants et proches contemplaient le déferlement, sans pouvoir n’y soustraire ni réagir.



Permettez-moi, chers amis, de partager avec vous cette histoire, qui fut l’un des actes fondateurs de ma conscience engagée : J’avais 8 ans et ma mère, comme à son habitude, accueillit, dans notre domicile, un serviteur marron, du nom de Mohamed ; il endurait la faim et se couvrait de guenilles, bien que de corpulence imposante. Nourri et doté de nouveaux vêtements, l’esclave - qui avait fugué la veille – dormit, profondément mais, son maitre vint à ses trousses, et le tira du sommeil, par des coups de gourdin ; l’esclave ne réagissait et se soumettait, religieusement, aux injonctions de son propriétaire, violent et impitoyable. Je demandais à ma mère « pourquoi Mohamed, costaud qu’il est, ne se défend-il pas face à Tah - le maitre - plus petit et si chétif ? Elle me répondit « Mohamed est un esclave, il est enchainé ». Je répliquais « je ne vois pas de chaines ». Elle objecta, sur le ton, posé, de la pédagogie : « ce sont des chaines dans la tête, des attaches religieuses pas en métal ; mon fils, l’enseignement de la dévotion stipule que l’esclave doit obéir en tous lieux et en toutes circonstances à son maitre, faute de quoi Dieu le brulera dans le feu éternel. »



Mon père, témoin de la scène, me tira de coté pour m’avertir :



Tu sais pourquoi je t’ai mis à l’école »?

Non réponds-je.

Je t’ai mis à l’école pour que tu acquiers des connaissances religieuses et d’autres, avec la mission de mener une offensive intellectuelle et religieuse contre l’esclavage ; tes actes compléteront ma résistance mentale, matérielle et physique contre ce cancer social.



Depuis l’incident chargé de sens, je me nourris du fameux serment de poursuivre la lutte ; la persistance des crimes d’esclavage, l’espoir que notre condition d’opprimé en mouvement suscite le soutien de beaucoup de personnes, d’Ong, d’institutions et d’Etats démocratiques, nous procurent davantage de constance et de confiance.



Ces leviers représentent, pour nous, le ferment continuel de notre vocation.



Nous espérons, hélas sans trop en connaître d’illustration historique, que la victoire du contrat sur l’arbitraire et de la dignité sur la brutalité, se réalise dans la paix et la sécurité, au bénéfice, commun, des anciens opprimés et de leurs anciens oppresseurs.



Genève 21 Février 2017

    
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Vidéo : Le discours du président Biram Dah Abeid au 9éme sommet de Genève 21/02/2017 : https://www.youtube.com/watch?v=CrgCeNlsyL8&feature=youtu.be&app=desktop